Mon nom est Kimpov Eap. Je suis à la fois artiste peintre et praticienne en ostéopathie. Je suis originaire du Cambodge, où j’ai grandi en tant que benjamine d’une fratrie de sept enfants. Ma mère exerçait le métier de commerçante. Malheureusement, je n’ai pas eu la chance de connaître mon père, qui nous a quittés lorsque j’étais encore un nourrisson.
J’ai eu une enfance heureuse. J’ai pu bénéficier d’une éducation solide, apprenant notamment le français durant mes années scolaires. Grâce à l’affection inconditionnelle de ma mère, je n’ai jamais manqué de rien.
J’ai épousé un enseignant à l’âge de 15 ans. Il était très attentionné et s’occupait bien de notre foyer et de moi. Nous étions heureux et avons eu ensemble quatre enfants, deux garçons et deux filles. Malheureusement, tout a été bouleversé lorsque les Khmers Rouges ont envahi notre village. Un jour, on a rassemblé tous les hommes, et je ne l’ai plus jamais revu.
Nous avons été chassés de notre village et obligés de travailler dans les rizières. La faim nous a rongés. En 1979, je me suis échappé vers la Thaïlande. J’ai résidé dans un camp de personnes déplacées. Puis, on m’a accueilli au Canada, à Maniwaki, à la frontière de l’Ontario au nord de Gatineau.
Après un certain temps, je me suis installé à Montréal et j’ai commencé à peindre. J’ai découvert un univers enchanteur, dans lequel je pouvais exprimer ma créativité pour échapper à la douleur que j’avais endurée. Nous sommes des innocents qui souffrent à cause des jeux de pouvoir de ceux qui cherchent à nous contrôler de toutes les façons possibles. Nous ne réclamons rien d’autre que la tranquillité et le privilège de subsister.
La peinture est un baume. Mes œuvres reflètent l’humanité, la guérison et l’espoir : transformer le mal en bien, célébrer ensemble la liberté, l’entraide et la solidarité. Je crée pour mon propre plaisir et pour le vôtre.
Je tiens à exprimer ma gratitude envers Peter Leuprecht1, qui a aimablement accepté d’être le président d’honneur lors de mon vernissage. Il a notamment occupé le poste de représentant spécial des Nations Unies pour les droits de l’homme au Cambodge. Je voudrais aussi remercier le professeur Norman Cornett2, qui a su apprécier la qualité de mon travail. Il m’a guidé et a été d’une aide inestimable.

Merci à mon mari, Gaëtan Sheridan, qui m’a toujours encouragée à poursuivre mon travail. Enfin, je remercie le Centre Afrika pour son hospitalité, ainsi que vous tous pour votre présence.
LIENS :
Allocution de Kimpov Eap à l’occasion du vernissage au Centre Afrika le 11 mars 2025
- Docteur en droit de l’Université d’Innsbruck en Autriche, Peter Leuprecht a été, de 1961 à 1997, au Conseil de l’Europe, Directeur des droits de l’homme et Secrétaire général adjoint. C’est dans ce cadre qu’il a rencontré le père Joseph Wresinski et le Mouvement ATD Quart Monde. Conseiller au Ministère canadien de la Justice, de 1997 à 1999, il a aussi été repré- sentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour les droits de la personne au Cambodge de 2000 à 2005. Professeur au Département des sciences juridiques de l’UQAM et ancien doyen de la Faculté de droit de l’Université McGill, il s’est spécialisé dans les domaines du droit international et des droits de la personne. Il a été directeur de l’Institut d’études internationales de Montréal de 2005 à 2008. ↩︎
- L’enseignement de demain sera-t-il « dialogique » ? ↩︎
Doctorant en études religieuses, disposant d’une maîtrise en histoire et langue française, le professeur Norman Cornett a publié dans de nombreux magazines canadiens et américains et a été professeur invité dans de nombreuses universités nord-américaines et européennes.Les traductions du professeur Cornett ont été présentées dans des revues littéraires de référence telles que Canadian Literature, Windsor Review, Rampike, Literary Review of Canada, FreeFall et ARC. Il est le principal traducteur du roman Farida de Naim Kattan.En outre, il a été le protagoniste principal d’un long métrage documentaire en 2009, réalisé par Alanis Obomsawin et intitulé Professor Norman Cornett (disponible sur le site de l’Office national du film).






Commentaire (1)
Clustering says:
24 juin 2025 at 17h07C’est un récit poignant qui montre la résilience et la force de l’esprit humain. L’art semble être une échappatoire et un moyen de guérison pour l’auteur. Le Centre AFRIKA joue un rôle essentiel dans l’intégration des communautés africaines au Québec. Comment l’art peut-il contribuer à la guérison collective et à la construction d’une société plus inclusive ?